03 juillet 2008

TOMBEAU DE STANISLAW I

VOUS ÊTES-VOUS DÉJÀ SEULEMENT DEMANDÉ SI TOUT USER PAR LE LANGAGE ET L'ANALYSE NE CONSISTAIT PAS À TENTER DE SE SURPRENDRE À CE QUE QUELQUE CHOSE D'IRRATIONNEL SUBSISTE?

Finalement, il s’est avéré que Stanislaw n’était pas un être humain, mais une androïde femelle !
On s’en est aperçus quand il a tourné le dos, un soir qu’il était un peu ivre ; et alors sa chemise à glissé par dessous son épaule. Il s’est retourné vers nous comme par mégarde – lui qui faisait pourtant toujours très attention à chacun de ses gestes – et dans son regard j’ai bien vu qu’il a immédiatement su qu’il était trop tard pour continuer sa mascarade.
En plus d’un nichon blanc et mou, il y avait comme une série de branchies, noirs autours et rosés vers l’intérieur.
Ce n’était pas vraiment comme des plaies, ça ne supurait pas, ni rien. ça ressemblait plus à quelque choses qui aurait brûlé, fait un trou oblong, et laissé une chair sans ride, tendue et brillante.
Il n’a rien dit, à peine a-t-il esquissé un début d’excuses – lui qui s’excusait pourtant si souvent.
Je ne sais pas pourquoi, mais malgré la dupe dont j’avais été victime, je n’ai pu retenir en moi un sentiment profond de compassion désordonnée; dans ses yeux l’effroi était plus terrible que celui des boches désarmés qu’on mettait en joue pendant le maquis.
Je n’ai pas réussi à lui en vouloir, il était tellement vulnérable et tellement piteux – lui qui faisait pourtant toujours en sorte de ne pas perdre la face dans les joutes verbales auxquelles nous nous adonnions avec délice – j’ai pensé, avec un réel malaise, et ces mots me sont venus d’eux-mêmes, sonores : pauvre bête.
Ce n’était pas de la pitié puisque l’amitié que je lui portais encore deux minutes auparavant était sans tâche. C’était autre chose, que je ne peux toujours pas qualifier sans angoisse. J’avais honte et mal pour lui comme s’il s’était agi de moi-même.
Son regard à cet instant, que jamais je ne pourrais oublier, n’était autre que le reflet de mon regard porté sur lui en cet instant de débâcle atroce.
Il portait en lui toute la honte et toute la dupe et tout le désarroi du monde.
Comme un dernier outrage, une de ses dernières frasques il me lançait : « vois-moi en cet instant, vois comme tu me juges et vois-toi me jugeant – toi qui est toujours très précautionneux de ne pas faire de jugement de valeur ».
Jusqu’au bout, il aura réussi à me faire douter de ma raison, alors même qu’en fait il était une femme. Je réussis à me faire assez violence pour ne pas transformer en événement narcissique l’agonie de mon camarade et repris rapidement mes esprits.
Je l’aimais.
Et je le méprisai aussitôt qu’il fût découvert.
Dans son œil de résine si lisse et je dois dire si beau je vis passer comme une onde, ça a tressauté puis ça s’est tu.
Il était mort.
Pour me sortir de ma torpeur, le justicier – qui est toujours très pragmatique – a jeté négligeamment une serviette sur la tête inanimée et, finissant son assiette de linguine a l’encre de seiche qui ne cesserait par la suite de me rappeler la béante noirceur des branchies de notre défunt Stanislaw, a ajouté : « il est stupide de s’être énervé comme ça ! une gonzesse, une machine, on s’en fout, il nous faisait bien marrer. »
Je ne dis rien.
« ceci dit – a-t-il ajouté – je me demande bien comment il a pu nous berner si longtemps tout de même… il était bien malin le bougre. »
Le justicier se leva péniblement, régla l’addition, puis revint.
Je n’avais pas voulu d’amaretto.
Il me fit signe de me lever et de le suivre.
Il empoigna Stanislaw et le logea sans peine sous son bras.
« ça ne pèse rien cette saloperie ! » crut-il utile d’ajouter.
Il marchait vite, je le suivais sans réfléchir. Il commençait à être tard ; nous arrivâmes rue du Delta, dans la pénombre brillaient tout en bas, juste en face, les lumières de l’appartement de Stanislaw – lui qui laissait toujours un peu de lumière parce qu’il aimait rentrer et se sentir accueilli disait-il ; il m’avait aussi confié qu’il avait souvent si peur de s’ouvrir la porte à lui-même, qu’il préférait se voir immédiatement plutôt que de se surprendre au détour d’un couloir ; ça lui permettait de pouvoir prendre la fuite s’il ne se sentait pas capable d’affronter la situation – et bizarrement, ces dernières semaines, il fermait toujours sa porte à double tour alors même qu’il était chez lui.
Arrivés au bas de l’immeuble du 164 rue du faubourg Poissonnière, le justicier déposa la dépouille.
« tu te souviens de son code ? » m’a-t-il demandé.
« non », lui ai-je répondu.
« putain, ce n’est pas le genre à noter ces choses-là. Ce con avait une mémoire d’autiste. On est dans la merde. »
Finalement, nous ne fûmes pas dans la merde trop longtemps puisqu’une voisine, qui avait d’ailleurs un bien joli cul, sortit en jetant un œil amusé au cadavre de Stanislaw – nous avions pris soin de lui signifier qu’on le ramenait chez lui parce qu’il était bourré.
« C’est la nouvelle voisine du troisième ? c’est elle la cinglée qui écoute « Le Duc de Boulogne» en boucle ? »
Je restai coi. Primo, la voisine bien gaulée avait utilisé le pronom féminin alors que Stanislaw avait un déguisement parfait. Deuxio, nous ne nous serions jamais doutés qu’il eut pu écouter du rap français en douce alors qu’il ne parlait que de Gérad Grisey, de Einstürzende Neubauten ou, éventuellement de Merzbow. Non seulement Stanislaw était une femme, une machine, mais il nous avait également caché des vices secrets – lui qui n’hésitait pas à dénigrer Bataille au profit d’Adalbert Stifter; ce que nous prenions à la dérision comme étant soit du snobisme, soit la preuve d’un raffinement sexuel plus noble, plus élégamment pervers ; jamais nous n’aurions pu savoir qu’il était une femme, nous n’aurions pas tout pris de travers. Nos discussions auraient tourné court bien plus vite et nous n’aurions pas réfléchi des heures à ce qu’il avait élucubré – lui qui avait si souvent raison.
Je me souviens de cette fois où il avait pris en défaut le justicier – lui qui voulait adapter la Philosophie dans le Boudoir en temps réel mais qui ne trouvait pas d’acteurs assez endurants – en expliquant que les scènes sadienne ne pouvait exciter de nos jours qu’un esprit infantile qui n’avait pas eu la jugeotte de créer sa propre imagerie sexuelle ; que la transgression folle de l’époque était devenue d’un conformisme confondant, et qu’il était bien malheureux que des hommes comme nous ne puissions pas créer de nouvelles formes de liberté – voire de cruauté -, d’excitation, de sensualité que ces lieux communs usés jusqu’à la corde ; et dont le porno – qu’il avait étudié à fond – faisait désormais partie intégrante. Il pensait que Guyotat était déjà moins grabataire mais qu’en se targant d’avoir voyagé – libre, fou, sodomite généreux, dans son camping car, son écriture était finalement si peu fictionnelle que c’était décevant. Bizarrement, il préférait Formation à Tombeau, bien que ce fût plus biographique. Il disait que non, définitivement, Tombeau était infiniment plus terre à terre que Formation et que de toute façon, il ne voulait pas en parler avec nous parce que Guyotat avait pu faire le mariole seulement parce qu’il avait passé son temps à emmerder ses frères et soeurs. Roussel, lui, n’avait emmerdé personne et était certainement plus inventif dans le domaine du désir. Je ne le comprenais pas.
Le justicier s’était énervé et l’avait traité de pédé pote d’Azoury. Alors que je prenais le parti de Stanislaw, il m’avait regardé froidement et retorqué : « toi, tu ne sais même pas ce que tu défends, pour peu que ce soit de la diatribe, ça te plaît. Tu es comme ces bloggeurs fascistes et incohérents qui veulent récupérer la baisse de régime de la presse alors qu’ils ne savent que vomir de la haine, ces faux cultureux Bernhardtien ( qu’ils n’ont lu que parce que ses livres sont courts – c’est pour cela qu’ils n’ont jamais fini le dernier d’ailleurs ) et qui se pâment devant des connasses du Fresnoy qui ont cru découvrir qu’en mettant une bande-son bizarre, le film avait l’air vachement expérimental. Tu me dégoûtes encore plus que le justicier, qui, lui au moins, n’est pas un sale crypto-héroïnomane influençable! »

Alors que le justicier dégageait les clefs de la poche de Stanislaw, je repris un peu le contrôle de mon imagination et fut pris d’une excitation malsaine à l’idée de pénétrer chez Stanislaw sans son accord, je ne me suis pas dit un seul instant que c’est parce qu’il était mort.

Nous entrâmes donc. La lumière du bureau, orangée, baignait la vitre derrière laquelle son araignée préhistorique brillait d’une lueur mythologique. Le violoncelle – lui qui n’en jouait jamais – étincelait près d’un bouquet de lys. Stanislaw n’aimait que les lys. Je remarquai aussitôt qu’il avait récemment fait l’acquisition, probablement chez un antiquaire, d’une étagère de jardin du meilleur goût, où une serie de petits crochets soutenaient indifféremment des livres et une paire de menottes médiévales.

Nous passâmes dans le salon où le justicier se débarrassa du corps de Stanislaw sur le canapé – lui qui venait tout juste de se le procurer, s’avouant vaincu, ayant toujours utilisé des banquettes dures sans dossier ou des chaises parce que les canapés le rendaient mélancolique.
Je ne pus m’empêcher de jeter un œil autour de moi avant de craindre ce que le justicier allait entreprendre. Ce dernier s’eclipsa aux toilettes. J’en profitai pour jeter un coup d’œil panoramique.
Onze disques durs la cie jonchaient le bureau en verre. je m’approchai du mac de Stanislaw ( j’avais toujours été un peu contrarié qu’il ait un mac et pas un pc ) et passai le doigt furtivement sur la souris thermique. Je fus horrifié quand je vis sa playlist sur itunes :
avant de nous rejoindre, il avait écouté 3 morceaux de Booba, le fameux « Duc de Boulogne », « de Mauvaise Augure » et « Garde la Pêche » mais surtout il avait écouté 5 fois de suite un morceau issu d’un film de Kenneth Branagh appelé « Much Ado About Nothing », vaguement adapté de Shakespeare. Je ne pus m’empêcher de l’écouter à mon tour pour envisager l’horreur de la situation. Les baffles dans la pièce d’à côté hurlèrent quelques accords de cello – lui qui disait que d’écouter la musique trop fort était trivial comme l’étaient les flonflons de la grande foire romantique – et la voix d’Emma Thompson dit :

« Sigh no more ladies, sigh no more. Men were deceivers ever. One foot in sea, and one on shore. To one thing, constant never. Then sigh no so, but let them go, and be you blithe and bonny, converting all your sounds of woe, into hey nonny nonny ! »

Je fus horrifié. Non seulement l’arrangement était abominablement peigne-cul mais surtout Stanislaw – lui qui était une femme – avait un chagrin d’amour et se laissait aller à des mièvreries infâmes!
Lui qui avait toujours hurlé à qui voulait l’entendre que l’amour corrompait tout ? que l’amour était injuste, qu’on ne pouvait aimer que la globalité du monde, qu’aimer exclusivement un seul être était le mépriser ?
Je prenais consicence tout à coup que j’avais été mainte fois affecté par ces déclarations sans vouloir me l’avouer. Je crois que je voulais que Stanislaw fût mon véritable ami, mon meilleur ami – lui qui n’avait pas de cercle, qui n’appelait jamais régulièrement mais qui n’était pas non plus quelqu’un de seul. J’avoue qu’il butinait les gens, que parfois il s’épanchaient un peu sans leur demander quoi que ce fut de leur moral, il ne présentait jamais vraiment de marque d’intérêt à son interlocuteur et pourant, il pouvait en parler à un tiers avec une grande précision et souvent beaucoup de respect. Il savait toujours comment allait qui et pourquoi, sans le demander, il le sentait. Ces derniers temps, il m’avait avoué qu’il essayait de montrer aux autres plus d’attention, mais que les autres ne s’en rendaient pas compte parce qu’ils avaient fini par prendre l’habitude de ne parler que de lui, il se laissait prendre lui-même au piège parce qu’il aimait bien qu’on l’aimât. C’était sa croix disait-il. Il voulait qu’on l’aime et ça empêchait son amour pour les autres.

je continuai à regarder autour de moi, perplexe. Je vis qu’il n’avait pas vidé ses cendriers depuis plusieurs jours et qu’il avait entrepris la lecture de plusieurs livres. « les Notes pour un roman sur la sexualité » de Drieu la Rochelle – lui qui m’avait dit avoir apprécié « Etat Civil » il y avait peu de temps – « Fairy Queen » de Cadiot qu’il avait vraisemblablement délaissé à la hâte sans omettre de le corner outrageusement – lui qui n’abîmait jamais ses livres. Sur une autre table, on pouvait voir le dernier zizek, « le Sursis » de Sartre, le Journal d’Edouard Levé, le monde diplomatique de la semaine dernière qu’il n’avait pas l’air d’avoir lu. Et une revue qui m’était inconnue intitulée Cabinet avec une photo de paresseux sur la couverture – lui qui avait toujours dit qu’il n’avait qu’une seule phobie animale, celle des paresseux, à cause de leur bras trop longs et de leur poil calcaire – mon attention allait se porter sur cette découverte quand le justicier s'assit près du cadavre et se mit à le contempler, je ne sais pas s’il était perplexe ou saoul, ou triste pourquoi pas. Gené, je fis demi-tour et quelques pas vers le bureau pour me donner une contenance.

Alors que je regardais quelques notes écrites à la main par Stanislaw – lui qui m’avait dit regretter ne plus écrire à la main étant donné qu’il finissait par perdre du temps à consigner ses notes sur son ordinateur alors qu’il aimait bien une chose chez lui, c’était son écriture, dont il m’avait d’ailleurs un jour avoué qu’il l’avait travaillée jusqu’à la rendre méconnaissable quand il était en CE1, cherchant à détacher chaque lettre l’une de l’autre, il n’avait jamais su pourquoi. D’autant que son écriture était parfaitement liée aujourd’hui, petite, serrée, certes, mais avec de beaux L et de beaux F et de beaux J, qui la sauvaient de toute rigidité.

Sur ces notes très éparses, je pus lire :

Ken Russell
Ladislas Starewicz
Violoniste Joseph Joachim
Koozil

« c’est quelque chose qui n’est pas moi, en moi, qui me pousse à croire que je ne peux pas vivre en dehors de la volonté et du regard d’un autre. »

« ce n’est pas le pouvoir qui corrompt c’est la peur ».

« ça sent l’essence, l’eau écarlate, l’asile légendaire, ma case. »

« et ça s’appelle pas Crespel ! ».

une adresse que je ne peux pas livrer ici près d’Ecole Militaire. précédé de la mention "Autorail".

Alors que ma curiosité maladive avait posé mon pouce et mon annulaire gauches respectivement sur « pomme » et « tab » afin d’accéder au applications ouvertes et surtout aux mails, le justicier émit un grogement.
Il déshabillait maintenant Stanislaw. Je ne l’avais jamais vu nu, je découvris son dos d’une blancheur de lait. Un dos qui n’était pas celui d’un homme, ni celui d’une androïde.

A SUIVRE.

30 juin 2008

RICH

Dans mes propriétés, tout est plat, rien ne bouge ; et s'il y a une forme ici ou là, d'où vient donc la lumière ? Nulle ombre. Parfois, quand j'ai le temps, j'observe, retenant ma respiration ; à l'affût ;
et si je vois quelque chose, je pars comme une balle et saute sur les lieux, mais la tête, car c'est le plus souvent une tête, rentre dans le marais ; je puise vivement, c'est de la boue, de la boue tout à fait ordinaire ou du sable, du sable...
Ca ne s'ouvre pas non plus sur un beau ciel. Quoiqu'il n'y ait rien au dessus, semble-t-il, il faut y marcher courbé comme
dans un tunnel bas. Ces propriétés sont mes seules propriétés et j'y habite depuis mon enfance et je puis dire que bien peu
en possèdent de plus pauvres.
Souvent je voulus y disposer de belles avenues, je ferais un grand parc...
Ce n'est pas que j'aime les parcs, mais... tout de même.
D'autres fois (c'est une manie chez moi, inlassable et qui repousse après tous les échecs), je vois dans la vie extérieure
ou dans un livre illustré un animal qui me plait, une aigrette blanche par exemple, et je me dis : ça ferait bien dans mes propriétés et puis ça pourrait se multiplier, et je prends force notes et je m'informe de tout ce qui constitue la vie de l'animal. Ma documentation devient de plus en plus vaste. Mais quand j'essaie de le transporter dans ma propriété, il lui manque toujours quelques organes essentiels. Je me débats. Je pressens déjà que ça n'aboutira pas cette fois non plus ; et quant à se multiplier, sur mes propriétés, on ne se multiplie pas, je ne le sais que trop. Je m'occupe de la nourriture du nouvel arrivé, de son air, je lui plante des arbres, je sème de la verdure, mais telles sont mes détestables propriétés, que si je tourne les yeux, ou qu'on m'appelle dehors un instant, quand je reviens, il n'y a plus rien, ou seulement une certaine couche de cendre qui
à la rigueur, révélerait un dernier brin de mousse roussi... à la rigueur. Et si je m'obstine, ce n'est pas bêtise.
C'est parce que je suis condamné à vivre dans mes propriétés et qu'il faut bien que j'en fasse quelque chose.
Je vais bientôt avoir trente ans, et je n'ai encore rien ; naturellement je m'énerve.
J'arrive bien à former un objet, ou un être, ou un fragment. Par exemple, une branche ou une dent, ou mille branches ou mille dents. Mais où les mettre ? Il y a des gens qui sans effort réussissent des massifs, des foules, des ensembles.
Moi, non. Mille dents oui, cent mille dents oui, et certains jours dans ma propriété, j'ai là cent mille crayons, mais que faire dans un champ avec cent mille crayons ? Ce n'est pas approprié, ou alors mettons cent mille dessinateurs.
Bien, mais tandis que je travaille à former un dessinateur (et quand j'en ai un, j'en ai cent mille), voilà mes cent mille crayons qui ont disparu. Et si, pour la dent, je prépare une mâchoire, un appareil de digestion et d'excrétion, sitôt l'enveloppe en état, quand j'en suis à mettre le pancréas et le foie (car je travaille toujours méthodiquement), voilà les dents parties, et bientôt la mâchoire aussi, et puis le foie, et quand je suis à l'anus, il n'y a plus que l'anus, ça me dégoûte, car s'il faut revenir par le côlon, l'intestin grêle et de nouveau la vésicule biliaire, et de nouveau tout le reste, alors non.
Devant et derrière, ça s'éclipse aussitôt, ça ne peut pas attendre un instant.
Or, je ne peux faire d'un seul coup de baguette des animaux entiers ; moi, je procède méthodiquement ; autrement impossible.
C'est pour ça que mes propriétés sont toujours absolument dénuées de tout, à l'exception d'un être, ou d'une série d'êtres,
ce qui ne fait d'ailleurs que renforcer la pauvreté générale, et mettre une réclame monstrueuse et insupportable à la désolation générale.
Alors je supprime tout et il n'y a plus que les marais, sans rien d'autre, des marais qui sont ma propriété et qui veulent me désespérer.
Et si je m'entête, je ne sais vraiment pas pourquoi.
Mais parfois ça s'anime, de la vie grouille. C'est visible, c'est certain. J'avais toujours pressenti qu'il y avait quelque chose en lui, je me sens plein d'entrain. Mais voici que vient une femme du dehors ; et me criblant de plaisirs innombrables, mais si rapprochés que ce n'est qu'un instant, et m'emportant en ce même instant, dans beaucoup, beaucoup de fois le tour du monde... (Moi, de mon côté, je n'ai pas osé la prier de visiter mes propriétés dans l'état de pauvreté où elles sont, de quasi-inexistence.) Bien ! d'autre part, promptement harassé donc de tant de voyages où je ne comprends rien, et qui ne furent
qu'un parfum, je me sauve d'elle, maudissant les femmes une fois de plus, et complètement perdu sur la planète, je pleure après mes propriétés qui ne sont rien, mais qui représentent quand même du terrain familier, et ne me donnent pas cette impression d'absurde que je trouve partout.
Je passe des semaines à la recherche de mon terrain, humilié, seul ; on peut m'injurier comme on veut dans ces moments-là. Je me soutiens grâce à cette conviction qu'il n'est pas possible que je ne retrouve pas mon terrain et, en effet, un jour, un peu plus tôt, un peu plus tard, le revoilà !
Quel bonheur de se retrouver sur son terrain ! Ca vous a un air que vraiment n'a aucun autre. Il y a bien quelques changements, il me semble qu'il est un peu plus incliné, ou plus humide, mais le grain de la terre, c'est le même grain.
Il se peut qu'il n'y ait jamais d'abondantes récoltes. Mais, ce grain, que voulez-vous, il me parle. Si pourtant j'approche, il se confond dans la masse - masse de petits halos. N'importe, c'est nettement mon terrain. Je ne peux pas expliquer ça, mais le confondre avec un autre, ce serait comme si je me confondais avec un autre, ce n'est pas possible.
Il y a mon terrain et moi ; puis il y a l'étranger. (…)
J'ai parfois rendez-vous avec une amie. Le ton de l'entretien devient vite pénible. Alors je pars brusquement pour ma propriété. Elle a la forme d'une crosse. Elle est grande et lumineuse. Il y a du jour dans ce lumineux et un acier fou qui tremble comme une eau. Et là, je suis bien ; cela dure quelques moments, puis je reviens par politesse près de la jeune femme,
et je souris. Mais ce sourire a une vertu telle ... (sans doute parce qu'il l'excommunie), qu'elle s'en va en claquant la porte.
Voilà comment les choses se passent entre mon amie et moi. C'est régulier.
On ferait mieux de se séparer pour tout de bon. Si j'avais de grandes et riches propriétés évidemment je la quitterais.
Mais dans l'état actuel des choses, il vaut mieux que j'attende encore un peu.
Revenons au terrain. Je parlais de désespoir. Non, ça autorise au contraire tous les espoirs, un terrain.
Sur un terrain, on peut bâtir, et je bâtirai. Maintenant j'en suis sûr. Je suis sauvé. J'ai une base.
Auparavant, tout était dans l'espace, sans plafond, ni sol, naturellement, si j'y mettais un être, je ne le revoyais plus jamais
Il disparaissait. Il disparaissait par chute, voilà ce que je n'avais pas compris, et moi qui m'imaginais l'avoir mal construit !
Je revenais quelques heures après l'y avoir mis, et m'étonnaIs chaque fois de sa disparition. Maintenant ça ne m'arrivera plus. Mon terrain, il est vrai, est encore marécageux. Mais je l'assécherai petit à petit et quand il sera bien dur, j'y établirai une famille de travailleurs.
Il fera bon marcher sur mon terrain. On verra tout ce que j'y ferai. Ma famille est immense. Vous en verrez de tous les types
là-dedans, je ne l'ai pas encore montrée. Mais vous la verrez. Et ses évolutions étonneront le monde. Car elle évoluera avec cette avidité et cet emportement des gens qui ont vécu trop longtemps à leur gré d'une vie purement spatiale et qui se réveillent, transportés de joie, pour mettre des souliers.
Et puis dans l'espace, tout devenait trop vulnérable. Ca faisait tâche, ça ne meublait pas. Et tous les passants tapaient dessus comme une cible.
Ah ! ça va révolutionner ma vie.
Mère m'a toujours prédit la plus grande pauvreté et nullité. Bien. Jusqu'au terrain, elle a raison ; après le terrain, on verra.
J'ai été la honte de mes parents, mais on verra, et puis je vais être heureux. Il y aura toujours nombreuse compagnie.
Vous savez, j'étais bien seul, parfois.

Extraits de L'espace du dedans. Henri Michaux. Mes Propriétés.

03 août 2007

BALL TRAP

les marais

Il a grandi du dedans par devers
l’extérieur.
Le croisant partout aux détours de l’enfance. Dans mes parcs.
Parmi les animaux. Météore des airs.
Mon avenir.
Radieux comme une soucoupe très blanche. Espace horizontal.
La courbure de sa hanche. Angle.
Sa peau c’est la mienne.
Je couchais sur lui - entropies estivales, cachés parmi l’herbe.
Bords des étangs aux boues sèches guettant le ragondin qui ferait
tant de tort.
Me tenait les poignets lorsque le diable sortait des plinthes.
Il lavait mes cheveux dans les bassines. Il lavait mes cheveux dans les torrents.
Et le soleil : Il passait mes brûlures.
Il me rendait le souffle après les spasmes du refus.
Nous marchions de front sur les graviers méchants.
La calle de ses pieds c’est la mienne.
Me sussurait les infamies salvatrices; et la tendresse des siestes.
Il appelait à mes sens les bruits d’ailes dans les arbres.
Il m’apprenait la cruauté des bêtes, la patience,
Sa voix c’est la mienne.
Il m’a siroté la tête quand je le laissai faire. Je l’ai bu.
Il m’arrimait à ma bêtise quand mon soldat se tenait les côtes.
Ses chants sans unité permutaient les sirènes.
Nos jambes de cerf croissaient en secret derrière le piano.
Le carrelage se damiait doucement quand nous buions les vitres.
La candeur de nos jeux rendaient nos août si doux.
Mon enfant, mon époux, mon frère.
Sa joie c’est la mienne.

09 juillet 2007

20 : Tel vieux rêve, désir et mal de mes vertèbres.

Ces crises, l’état de grande dépression ne les connaît plus, et si la mémoire en revient au corps épuisé et au restant d’esprit que l’on est, elles apparaissent comme des phases de bonheur inaccessibles désormais.

ALICE


Enfant, je fixe une poussière, une miette, un caillou, une pierre jusqu’à ce qu’ils s’animent. Je veux déplacer l’objet isolé en le fixant du regard tant l’inertie apparente de la matière m’est insupportable, et tant cet isolement même me révolte et me fait souffrir : un pot de fleurs vide, un broc, un stylo périmé.
Cet isolement, le mépris dans quoi on tient ces objets vides et sans usage me remplissent d’une compassion égale et même par moments supérieure, de raison et de cœur, à celle que j’éprouve pour les humains et ceux qu’on nomme animaux…
(…)
Comment vivre alors en voyant des choses qui n’existent pas, en entendant des sons qui n’existent pas, en touchant des objets qui n’existent pas…
C’est à chaque fois une sorte de mouvement furieux, de rouleau de l’origine qu’il faut ravaler pour pouvoir vivre. Ces crises, régulières, enfouies, d’hypermatérialité, où le temps tue l’espace…
Alors, tout y est réductible, et à rien, au « rien » : à travers ma conscience, l’infiniment petit écrase l’infiniment grand et inversement : ces deux mouvements s’y annulent dans leur mutuel écrasement.
Les mots eux-mêmes, qui fixent tout, sont pris, explosés dans ce refus, ce dégoût du fixe-présent – alors il faut les transformer, les sauver de leur fixité, de leur in-profondeur : en regard du réel – qui ne l’est pas -, ils mentent tous : il faut donc les faire chanter, ils ne sont faits que pour le chant, puisque pour le « reste » ils ne disent pas la moindre vérité ; c’est leur agencement qui les fait approcher un peu du « réel » ( du vide ? ) – et du vrai qui nous touche ; alors, seuls, les chiffres …?
(…)
Jadis, enfant, lorsque l’Eté résonne et sent et palpite de partout, mon corps en même temps que mon moi commence de s’y circonscrire et donc de le former : le « bonheur » de vivre, d’éprouver, de prévoir déjà, le démembre, tout de ce corps éclate, les neurones vont vers ce qui les sollicite, les zones de sensation se détachent presque en blocs qui se posent aux quatre coins du paysage, aux quatre coins de la Création.
Ou bien, c’est la fusion avec le monde, ma disparition dans tout ce qui me touche, que je vois, et dans tout ce que je ne vois pas encore. Sans doute ne puis-je alors supporter de n’être qu’un seul moi, devant tous ces autres moi et d’être immobile malgré l’effervescence de mes sens, d’être immobile dans cet espace où l’on saute, s’élance, s’envole…
Plutôt mourir ( comme peut « mourir » un enfant ) que de ne pas être multiple, voire multiple jusqu’à l’infini.
Quelle douleur aussi de ne pouvoir partager, être, soir, partagé, comme un festin par tout ce qu’on désir manger, par toutes les sensations, par tous les êtres : cette dépouille déchiquetée de petit animal par terre c’est moi…
(…)
Au soir d’un dimanche, les derniers visiteurs partis, l’interne de garde fait le guilleret devant moi, et comme, à ce moment, je peine encore à parler, me demande de répéter après lui le vers de Mallarmé :

Aboli bibelot d’inanité sonore,

Croit-il que je n’ai pas été capable – et le serai-je à nouveau, - d’écrire aussi beau, aussi tintant et mélodieux, aussi désespérant ( vanité de l’âme sonore ) – et, moi, sur la longueur !

Mais lui :

Aboli bibelot d’inanité sonore,

Me remettre en bouche, en cœur, en respiration, ce qui m’a tué, la splendeur qui m’a tué, desséché, ces sons tentateurs qui m’ont amené sous son ombre…

Après la clinique, c’est l’entrée dans la dépression douce, la guérison lente : la récompense de cette traversée de la mort, c’est, au lieu du palais enchanté que l’on croit avoir gagné à la sueur de son sang mort, un monde désenchanté, sans relief ni couleur notables, des regards ternes qui ne vous voient plus, des voix toujours adressées à d’autres que vous qui revenez de trop loin, une obligation quotidienne à survivre, un cœur qui ne fait passer que du sang, et du sang qui ne chauffe plus. Il faut attendre. Sans colère. S’appliquer à se nourrir, à dormir, à se laver, à se vêtir, à marcher, chaque jour : le tout, presque seul, et sans même soi-même à ses côtés : essayer par à-coups, si gauches, de reprendre du cœur.
Patience, patience,

"Coma". Pierre Guyotat.

08 avril 2007

CE N'EST RIEN: LA CHOSE, C'EST MOI.*

LAGRIVEMORTE

... ET PAR CONSEQUENT NOUS MANGERONS DES MERLES.

23 mars 2007

ON REMET LA VIE A PLUS TARD. PENDANT CE TEMPS, ELLE S'EN VA.

frèreetsoeur

"J'étais un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets."
*Sartre. Les Mots.

23 janvier 2007

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gédéon
Je me suis souvent demandé si je n'étais pas plus profondément redevable à mon premier plan cul qu'à toute autre chose. Ce qu'il y a de plus intime en moi m'apprend que l'inévitable, considéré de haut et du point de vue d'une Économie supérieure est aussi l'utile en soi — on ne doit pas seulement le supporter, on doit aussi l'aimer... Amor fati : tel est le fond de ma nature. — Et ne dois-je pas à l’écrasement de mon ego infiniment plus qu'à l’affection sincère? Je lui dois une affliction plus haute, qui est plus forte de tout ce qui ne m'a pas encore tué. Je lui devrais aussi certainement mon chef d'oeuvre...
Le plan cul, seul, est l'ultime libérateur de l'esprit, il enseigne le grand soupçon qui de tout U fait un X, un véritable X...
Seul le plan cul, rapide et bref, dans lequel nous sommes comme brûlés par un feu de bois sec, qui se consume d’un trait, nous contraint, nous les autistes nihilistes, à monter dans nos dernières retraites et à nous débarrasser de toute confiance, de tout ce bénin, ce voilé, ce doux, ce médiocre, en quoi auparavant sans doute nous mettions toute notre humanité.*

STANISLAW NE SAUVERA PERSONNE ET PERSONNE NE SAUVERA STANISLAW.

20 janvier 2007

J’éprouve un sommeil intime de toutes mes intentions.*

BALTHAZAR
"Je me suis toujours placé en marge du monde et de la vie, et le choc que me donnait un de leurs éléments m’a toujours blessé comme une insulte lancée d’en bas, comme la révolte subite d’un laquais universel.
...
Des idées brusques, admirables, exprimées partiellement par des mots intensément adéquats, mais sans lien entre elles, demandant à être ensuite cousues ensemble et dressées, tels des monuments ;
... Certaines de ces idées étaient des traits d’esprit, admirables certes, mais incompréhensibles sans, tout autour, le texte qui n’a jamais été écrit."
Pessoa.

14 janvier 2007

SO YOU GOT LAID? ... I GUESS SO.

Nous ne voulions pas devenir humbles.
Nous ne voulions pas ne pas tout vouloir conquérir par principe.

lapinlapoule
Nous on pensait que ça pouvait être un traîneau.

04 juillet 2006

... QUE VET PARMI L'EXIL INUTILE LE CYGNE.

"Qui a dit que le temps venait à bout de toutes les blessures? Il vaudrait mieux dire que le temps vient à bout de tout (...)"

zoo_greenaway

"Mais quoi!
l'histoire n'est amère qu'à ceux qui l'attendent sucrée."
Sans Soleil.

01 juillet 2006

AU PERE DE MON COURAGE

Pouty

Alors c’est comme ça qu’il fut décidé quelque chose.

Et il n’eut plus peur.
Il demanda au songe : la sonate aux douze pieds lui délavait les maux et polissait en somme tout son sommeil aride ?

Il découvrit les joies du vague des autres, l’immodérée tumeur que sillonnent les surfaces.

Et il n’eut plus peur.
Il sentit sa tête froide et ses doigts dégourdis, un peu plus froids aussi.

Il déploya sa lame, matériel intérieur.
Il prit le vent.
Les nuées apparurent, qui à son front amer donnèrent une fraîche cambrure.

Une salve d’horizon lui barra la joue.
Qui se mit à rire en sa jambe.

Il fit un pas.
qui fut plus contrasté qu’à la passée demie heure.

S’inclinait-il ?
…qu’une branloire pendulaire modulait son ardeur.

13 juin 2006

LE TOMBEAU DE CLAUDE RIDDER

magritte11

Il a beau se ruer, en verve, dans la guimbarde,
il ne retouve pas les attachements d’avant
qui le faisait si beau si grand ingambe et glabre qu’un arbrisseau glané par les meurtres des vieux.

Et propre à en moisir, il déroulait sa langue entre les dents les mots
et les musiques de chambre.
Il roulait ses grand yeux, s’arc-boutant à l’Ordre - et baguenaudait partout, trémoussant des aveux.

Ainsi que la rivière aux alluvions douteux, il draguait en son fond tous les opprobres adieux
qui s’additionnaient nombre
tout braqués vers les cieux.
De ses profits béants de larmes et glorioles,
de poudres, béatitudes aux heures creuses,
il assoiffait ses membres à n’en perdre pas que le souffle et la semence mais l’haleine,
juchée aux grand merci des ses hôtes abhorrés.
Il savait néanmoins
que le grand trou d’eau tiède en viendrait bien à bout.
Médiocre, meilleur alors.
Au moment voulu.
Celui-là donc.

Merci de ta confiance Claude.

21 mai 2006

SOUDAIN EN MAI DERNIER

soudain

Comme tout parasite, il fait croire à son désir d’indépendance qui rend son séjour moins contraignant. Comme tout parasite, il connaît la logique de la publicité, la menace de la perte envers son hôte, qui le lui rend bien. Il préfère les échanges en nature parce que comme tout parasite il ne conçoit pas sa nature avec une grande lucidité.
Comme tout parasite, il se fera plus grand que le bœuf.
Il garde une réserve par devers lui. Il aime à y penser en toute bonne conscience. N’a-t-il pas offert ses services ? ne mérite-t-il pas un peu d’attention ? un peu de temps ? un peu d’argent ?
Au fond, il sait bien qu’il n’est pas le seul et que sa petite conscience enfouie de n’en être pas totalement dépourvu lui permet de se considérer comme plus juste et même meilleur.
Il dit que c’est la fin qui justifie tout, mais il ne voit pas très clairement que la fin est assimilée à lui-même, et pas à quelque chose en dehors de lui.
Finalement, tout lui a montré que c’est le moyen de subsister sans trop de mal.
Il a développé la capacité d’user plusieurs hôtes à la fois, depuis peu. Il sélectionne leur fondammentaux afin de se mieux servir et de grossir plus vite. Pourtant il ne tient pas à ce qu’on sache qu’il est en expansion. Au contraire, il fait en sorte d’être bien menu afin d’attirer l’élection, l’érection et la tendresse.
Pourquoi n’irait-il pas bien loin ? Il n’y a aucune raison à cela. Il y a beaucoup de poissons dans la mer.

Mais lorsque pour quelque raison, il est détaché de son hôte avant de l’avoir évidé totalement, alors malheur. A la différence des non-parasites, il est en danger de mort réel. Lors de la succion, il développe une dépendance telle qu’il est retrouvé mort à demi si la periode de sevrage n’est pas respectée. La période de sevrage correspondant à l’épuisement total de l’espoir d’amour, de liberté, de bonté, de douceur de celui qui l’a recueilli. Il prend tout, et il ne saurait ne pas tout prendre. C’est sa nature. S’il prend tout, c’est qu’on ne lui a rien accordé. S’il prend tout, c’est qu’on lui avait déjà tout pris.

Il n’est rien en dehors de cette prise en charge. C’est son mode d’être. Et pour cela il dira oui à tout.
Et il trahira.
En fait, il ne saurait ne pas trahir. La trahison étant son unique mode de liberté. Son unique volonté de puissance. La seule parcelle vivante qui ne lui sera pas retirée. Il trahira en parole en pensée et en acte. Il trahira par omission, il trahira avec ses orifices.

31 mars 2006

COMME UN ANGE CRUEL QUI FOUETTE DES SOLEILS

st jean baptiste

La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

06 mars 2006

EDUCATION

stanislaw

LA CHASSE AUX INSTINCTS

On me reproche mes défauts; on me fait honte de mes imperfections. Je ne dois pas être comme je suis, mais comme il faut. Pourquoi faut-il?... On m'incite à suivre les bons exemples; parce qu'il n'y a que les mauvais qui vous incitent à agir. On m'apprend à ne pas tromper les autres; mais point à ne pas me laisser tromper. On m'inocule la raison - ils appellent ça comme ça - juste à la place du coeur. Mes sentiments violents sont criminels, ou au moins déplacés; on m'enseigne à les dissimuler. De ma confiance, on fait quelque chose qui mérite d'avoir un nom: la servilité; de mon orgueil, quelque chose qui ne devrait pas en avoir: le respect humain. Le crâne déprimé par le casque d'airain de la saine philosophie, les pieds alourdis par les brodequins à semelle de plomb dont me chaussent les moralistes, je pourrai décemment, vers mon quatrième lustre, me présenter à mes semblables. J'aurai du savoir-vivre. Je regarderai passer ma vie derrière le carreau brouillé des conventions hypocrites, avec permission de la romantiser un peu, mais défense de la vivre. J'aurai peur. Car il n'y a qu'une chose qu'on m'apprenne ici, je le sais.
On m'apprend à avoir peur.
Pour que j'ai bien peur des autres et bien peur de moi, pour que je sois un lieu commun articulé par la résignation et un automate de la souffrance imbécile, il faut que mon être moral primitif, le moi que je suis né, disparaisse. Il faut que mon caractère soit brisé, meurtri, enseveli. Si j'en ai besoin plus tard, de mon caractère - pour me défendre, si je suis riche et pour attaquer si je suis pauvre -, il faudra que je l'exhume. Il revivra tout à coup, le vieil homme qui sera mort en moi - et tant pis pour moi si c'est un épouvantail qui gisait sous la dalle; et tant pis pour les autres si c'est un revenant dont le suaire ligotait les poings crispés, et qui a pleuré dans la tombe!
Et souvent, il n'y a plus rien derrière la pierre du sépulcre. La bière est vide, la bière qu'on ouvre avec angoisse. Et quelquefois c'est plus lugubre encore.

Georges Darien. Le voleur.

12 février 2006

STANISLAW EST MORT. VIVE STANISLAW!

monkey

Several years ago a monkey escaped from its cage in a Japanese laboratory, the first thing it did was to open the cage of the other monkeys.

FOR IT WAS A BOOJUM YOU SEE.

02 février 2006

DAIMON

nevertheless empire

Rature sur les traits du visage
sur l'empreinte de l'objet
sur la trace du fait

28 août 2005

LA NUIT QUI FUT AVANT CELLE-LA, JE PREFERERAIS QU'ELLE EUT ETE LA DERNIERE

alice1c

Tisiphone avec des hurlements présida à ces épousailles et un oiseau solitaire entonna un chant de tristesse. Allecto fut présente avec son collier de courtes vipères et c’est la torche sépulcrale qui secoua ses lueurs.
Phyllis à Démophoon. Les Héroïdes d'Ovide.

09 août 2005

I'M GONNA GET YOU LAID, AND YOU LAID, AND YOU LAID. AND I'M GONNA GET LAID.

Septieme Sceau

Je crois que je suis attiré par ce qui ne vaut rien ou presque, comme si c'était là que résidait la réponse [...] Ce que j'écris n'a guère de sens, dans l'ensemble. On y trouve, disséminés de-ci, de-là, aussi bien des choses distrayantes [...] que de l'horreur psychotique [...] L'impression d'ensemble est puérile, mais intéressante. Ce n'est pas le travail d'un individu complexe et raffiné. Tout y est réel au même titre, la pacotille comme le reste. On a là un esprit fertile, créatif, percevant des séries en perpétuelle modification, ce qui est sérieux devenant amusant, ce qui est amusant devenant triste, et l'horrible restant ce qu'il est: horrible, puisque c'est la pierre de touche de ce qui est réel [...] Le côté aléatoire de mes textes ne m'échappe pas; et je vois aussi combien cette rapide permutation des possibilités est susceptible avec le temps de juxtaposer et révéler des choses, importantes, automatiquement omises par la pensée ordonnée [...] Puisque rien, absolument rien n'est exclu (car considéré indigne d'être inclus), je propose un vaste sac à malices [...] Merde, c'est comme un cirque...
Philip K. Dick

26 juillet 2005

NOUS N'IRONS PLUS AU BOIS. PARCE QUE NOUS DEVONS CREER UN CORPS SUPERIEUR, UN PREMIER MOUVEMENT, UNE ROUE QUI SE MEUT D'ELLE-MEME.

twigs
Andy Goldsworthy.

C'est la lente victoire de l'instinct de propagation remportée sur l'émotion voluptueuse, et, d'une manière générale, sur la perversion initiale.
...
Rien dans la vie impulsionnelle ne semble proprement gratuit. Dès qu'une interprétation y dirige le processus même ( le combat de l'émotion pour se maintenir contre l'instinct de propagation ), l'évaluation, donc le prix intervient; mais celui qui en supporte finalement les frais, celui qui paiera d'une manière ou d'une autre, c'est le suppôt constitué par le lieu où se déroule le combat, où se trafique et se négocie un compromis possible ou introuvable, le corps propre.
Pierre Klossowski. La monnaie vivante (1970).

Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables.
Stig Dagerman. Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (1952).

Non seulement le rire et la gaie sagesse, mais aussi le caractère tragique avec son ineffable déraison figurent au nombre des nécessités de la conservation de l'espèce! et par conséquent! par conséquent! comprenez-vous ce que je veux dire mes frères? Comprenez-vous cette nouvelle loi du flux et du reflux? Nous autres, aussi, nous aurons notre heure.
Friedrich Nietzsche. Le Gai Savoir.

25 juillet 2005

lol v
...
Et peut-être Lol a-t-elle peur, mais si peu, de l'éventualité d'une séparation encore plus grande d'avec les autres.
...
Quand elle parle, quand elle bouge, regarde ou se distrait, j'ai le sentiment d'avoir sous les yeux une façon personnelle et capitale de mentir, un champ immense mais aux limites d'acier, du mensonge. Pour nous, cette femme ment sur T. Beach, sur S. Tahla, sur cette soirée, pour moi, pour nous, elle mentira tout à l'heure sur notre rencontre, je le prévois, elle ment sur elle aussi, pour nous elle ment parce que le divorce dans lequel nous sommes elle et nous, c'est elle seule qui l'a prononcé - mais en silence - dans un rêve si fort qu'il lui a échappé et qu'elle ignore l'avoir eu.
Je désire comme un assoiffé boire le lait brumeux et insipide de la parole qui sort de Lol V. Stein, faire partie de la chose mentie par elle. Qu'elle m'emporte, qu'il en aille enfin différemment de l'aventure désormais, qu'elle me broie avec le reste, je serai servile, que l'espoir soit d'être broyé avec le reste, d'être servile.

22 juillet 2005

LE MOUROIR A FICTIONS ( tentative de dépassivation de l'éphectique moribond )

UNE MANIERE D'INTRODUCTION :
Chaque fois que la vie est touchée, elle réagit par le rêve et par les larves.
Artaud.
ANTONIN
"Je ne dirai plus d'obscénités non plus.
Pourquoi aurais-je un sexe, moi qui n'ai plus de nez?
...
Superflu, petite âme toujours, l'amour je l'ai inventé, la musique, l'odeur du groseiller sauvage, pour m'éviter. Des organes, un dehors, c'est facile à imaginer, d'autres, un Dieu, c'est forcé, on les imagine, c'est facile, ça calme le principal, ça endort, un instant. Oui, Dieu, je n'y ai pas cru, fauteur de calme, un instant. Je ne ferai plus de pauses non plus. Ne puis-je donc rien garder de tout ce qui a porté mes pauvres pensées, ployé sous mes dires, pendant que moi je me cachais? Ces orbites ruisselantes, je vais les sécher aussi, les boucher, voilà, c'est fait, ça ne coule plus, je suis une grande boule parlante, parlant de choses qui n'existent pas ou qui existent peut-être, impossible de le savoir, la question n'est pas là.
Ah oui, que je change vite de chanson."
Beckett.

TABLE DES MATIERES:

MANIERE D'INTRODUCTION
AVERTISSEMENT OUTRE LA THEORIE. Le sortilège bu.
EXEMPLES

I. TISON DE GLOIRE. ou incandescence érugineuse de l'inconscient. déchet. SUJET.
II. SANG PAR ECUME. ou pastiche. épaisseur cervicale. laitence du désir. DISPOSITION.
III. OR. ou détournement. le désir en tant que tel. arrangement avec soi et avec le capitalisme. POSITION.
IV. TEMPETE. ou images. jeunesse, maternité et suicide. AUTOPOSITION.

CONCLUSION ET MUSIQUE.
ANNEXES.

EXEMPLE 1

A la différence des feuillets de la Sybille d’un qu’on aime bien. Rien ne laissait dans les interstices de sa mise à table trace d’un a posteriori digne de ce nom, quantifiable, qualitatifiable, rassérénant. Comment cela?
Une forme maîtresse ? bien plus. Un surplace ignominieux et inquiétant. Un cône encore plus long que celui du philosophe du temps. Le jeune nous voulons dire.
Ainsi donc, terminant son huître, parce qu’il avait décidé de ne plus se nourrir que de cela il y avait déjà trois jours, il comprit qu’il fallait qu’il s’intéressât de plus près à l’histoire-géographie. Tout en sachant que son voyage en Italie n’avait rien apporté à l’auteur des Essais, il commença à apprendre par cœur les messages échangés au cosmodrome de Baïkonour entre kedr et zaria le 12 avril 1961.
Qu’il fut un peu maladroit commençant, là n’était pas l’important.
L’important, et tout le monde sait cela au fond, c’est qu’il commençât.

04 juin 2005

LES AIEULS ONT MANGE DU RAISIN VERT ET LES ENFANTS ONT LES DENTS GATEES

FOURMILIER
Un Topor flanqué d'un Laloux.

02 juin 2005

THEOREME

Un baiser me tûrait si la beauté n'était la mort.
Mallarmé. HERODIADE. 1869.

teorema-01

J'aime le trouble, la confusion, ce qui bascule.
Je bascule moi?
Pas tellement. Même pas du tout. Au contraire toi, tu es étale. Tu es un marécage. De la nuit, de la boue, des...
Lugubre.
Lugubre. Oui. On a plus envie de te tordre le cou que de te sourire. Ou de se laisser couler en toi, lentement, mais a pic... toi tu sens la marée basse. La noyade, la pieuvre. D'ailleurs cette plage...
Oui cette plage c'est moi.
Claude Rich dans JE T'AIME JE T'AIME, 1968.

Du kennst mich doch. Taktik war nie meine Stärke, aber ich habe einen gewissen kaputten Charme. Er ist unwiderstehlich.
Marquard Bohm in ROTE SONNE, 1969

28 mai 2005

CHASSE SNARKIENNE OBSOLESCENTE

saloCsO

De toute manière vous en avez un ( ou plusieurs ), non pas tant qu’il préexiste ou soit donné tout fait – bien qu’il préexiste à certains égards – mais de toute manière vous en faites un, vous ne pouvez pas désirer sans en faire un, - et il vous attend, c’est un exercice, une expérimentation inévitable, déjà faite au moment où vous l’entreprenez, pas faite tant que vous ne l’entreprenez pas. Ce n’est pas rassurant parce que vous pouvez le rater, ou bien il peut être terrifiant, vous mener à la mort. Il est non-désir aussi bien que désir. Ce n’est pas du tout une notion, un concept, plutôt une pratique, un ensemble de pratiques. Le Corps sans Organes, on y arrive pas, on ne peut pas y arriver, on n’a jamais fini d’y accéder, c’est une limite. On dit : qu’est-ce que c’est, le CsO – mais on est déjà sur lui, se traînant comme une vermine, tâtonnant comme un aveugle ou courant comme un fou, voyageur du désert et nomade de la steppe. C’est sur lui que nous dormons, veillons, que nous nous battons, battons et sommes battus, que nous cherchons notre place, que nous connaissons nos bonheurs inouïs et nos chutes fabuleuses, que nous pénétrons et sommes pénétrés, que nous aimons.
Gilles Deleuze et Félix Guattari. MILLE PLATEAUX.

24 mai 2005

QUEL FEUILLAGE SéCHé DANS LES CITéS SANS SOIR?

solablog

Ibant obscuri sola sub nocte per umbram,
perque domos Ditis vacuas et inania regna :
quale per incertam lunam sub luce maligna
est iter in silvis, ubi caelum condidit umbra
Iuppiter, et rebus nox abstulit atra colorem.

22 mai 2005

CE MATIN, UN CHASSEUR A TUE UN LAPIN

UN SEUL ETRE VOUS MANQUE, ETC. (SUITE)

amorfati

"Il n'y a rien à craindre des dieux,
il n'y a rien à craindre de la mort.
On peut supporter la douleur,
on peut atteindre le bonheur."
Epictète.

P.S:
"Je ne vous suis pas hostile, Murai, répondit-elle, oh non, pas hostile; mais j'ai moi aussi une prière à vous adresser: ne
faites pas cela, ne faites pas cela, ne prétendez pas à mes faveurs, vous le regretteriez.
- Mais pourquoi Brigitta, pourquoi?
- Parce que, répondit-elle à voix basse, je ne puis exiger qu'un amour extrême. Je sais que je suis laide, et à cause de cela
j'exigerai un amour plus grand que ne le ferait la plus belle fille du monde. Grand comment, je ne sais pas, mais il me
semble qu'il devrait être sans mesure et sans fin. Voyez-vous - étant donné que cela est impossible, ne prétendez donc pas
à mes faveurs. Vous être le seul à vous être soucié de savoir si j'avais un coeur moi aussi, je ne puis être fausse avec vous."
Adalbert Stifter. Brigitta.

18 mai 2005

MAIS QUELLE EST CETTE DOUCEUR, CETTE TERRIBLE DOUCEUR

Tu te couchais – latent – sous la voûte sereine
T’assoupissant, fébrile ; amendé, formidable
Crépusculaire asile somnolent de pollens.

17 mai 2005

FOR THE ONLY ONE WHO NOTICED STANISLAW NEEDED NEW SHOES

sarah'sflower

"Les dieux sont étranges.
Ce n'est pas uniquement de nos vices qu'ils font un instrument pour nous châtier.
Ils nous mènent à la ruine par ce qu'il y a en nous de bonté, d'humanité, d'amour."
O. Wilde

MARGARITAS ANTE PORCOS

AMORFATI

... Il ne faut pas seulement le supporter, il faut aussi l'aimer: Amor Fati, tel est le fond de ma nature.
Fr.N.

16 mai 2005

UN SEUL ETRE VOUS MANQUE, ETC.

SCHUMAN


TANT PIS POUR CELLE QUI PARAISSAIT TROP GAIE...

Je n'ai presque pas senti le processus de ma mort; elle a commencé dans les tissus de ma main gauche; cependant, elle a beaucoup gagné; la progression de la brûlure est si lente, si continue, que je ne la remarque pas.
Je perds la vue. Le toucher m'est devenu impraticable; ma peau tombe; les sensations sont ambiguës, douloureuses; je m'efforce de les éviter.
a.b.c.

15 mai 2005

FOR THE SNARK WAS A BOOJUM YOU SEE

Paresseux


Car ce n'est pas l'écorce qui fait la plante, mais sa nature stupide et insensible; ce n'est pas le cuir qui fait les bêtes de somme, mais leur âme bestiale et sensible; ce n'est pas son corps arrondi qui fait le ciel, mais la rectitude d'un plan; et ce n'est pas la séparation du corps, mais l'intelligence spirituelle qui fait l'ange.
Si donc vous voyez ramper sur le sol un homme livré à son ventre, ce n'est pas un homme que vous avez sous les yeux mais une bûche.

G. Pico della Mirandola. De Hominis Dignitate. 1485.

13 mai 2005

LE SONGE DE LA SOEUR

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Elaborant le songe d’une sœur improbable
En la couche inhumaine et délicieuse et morne
Jamais – en même temps – ne serais plus capable
Que de me fondre en vous dans une nouvelle forme

Glisser les alanguies hors de vos songes clos
Ou dévoiler la gorge ou suggérer la chair
Griffer les bouts frileux – clairs fanaux
Iriser d’aiguillons le fabuleux aber.

Et qu’en l’orage épars, et la nuit. Tout le jour !
Les cheveux répandus en éclairs électriques
Usées rythmiquement de spasmes mécaniques

Les courbes sursautant encore aux alentours
Des sillons erratiques appliqués au blanc frais
Déréliction fidèle de nos corps spontanés.

12 mai 2005

MAIS QUI SONT CES SERPENTS QUI SIFFLENT: MAIS QUE DU VENT!

boojum

Stanislaw a dit hier:

"mais oui. des nepenthes sont désormais suspendues en face de stanislaw et quelques mouches se laissent déjà séduire. chez soi comme là où c'est de bonne guère: à savoir là où les pierres tomberont sans jamais plus briser un coeur."

Voici la réponse du Snark au jeune Stanislaw qui croît que les boojum n'existent pas:

Jeune Stanislaw, moi, le Snark, je vous aime beaucoup, et le justicier aussi vous aime, bien qu'il ne soit pas toujours très commode, je vous l'accorde.

Voilà ce que je voudrais, je voudrais que vous vous souveniez jeune Stanislaw.


LACUNAIRE, ECRITURE-COLMATAGE, HERNIE DE L'OESOPHAGE – SEXUALISATION.

Il est trois heures.
Ecriture-déchet.
Qui fut violé ressentira.
Colmatage, colmatage, brèche, circule le violent l’inviolé par la brèche impudeur ! bourre-œsophage, tuyau frénétique ! vomissure contemplative irrigation par l’extérieur. Jamais Stanislaw ne concevait pareil esclavage de son tuyau nourricier.
Combler, combler, sans les nuances, toujours abolir la moindre qualité dans sa dépendance centripète de liberté, rejet, déchet.

Centrifuge ferveur, bouchage pendant les siestes.

Puis, libération lacrimale.
Contradiction sans repère, sans remère, dépère démère. C’est en effet son ventre qui s’essouffle, et pourtant il n’a cure de s’imaginer.
Propreté morbide. Putréfaction de l’orteil ou bien seule une mauvaise odeur... Humeur maléfique.
Jet de vomi : le seul, fort et capable, récurrent, seul sans douleur ni plaisir ; passé la difficulté de l’éventuelle honte sociale, réel affranchissement. Exorbitation de l’œil, et ces larmes acides et brûlantes, gonflement des vaisseaux, sueur, ainsi le cœur s’accélère dans l’abrutissement, c’est le moyen d’être-complètement-dans-un-autre-mode-d’existence.
Don probablement sans issue que l’autre béance de faïence, dissémination insupportable. Il voudrait une cavité accueillante de son labeur corporel, efficacité. Mettre, enfoncer, vider soi ailleurs ; c’est la dépassivation du déchet, toujours de biais, toujours oblique.
Enfin. Ne plus vomir signifie ne plus avoir jamais reçu, donc pas de déjection oblique donc, pas de nourriture du tout donc mort. Au choix. Grosseur, expansion de la torture, plus grande surface d’esclavage. Etre autre enfin, bouffer entièrement la racine, ou remonter le temps en soi.
Manger les aïeuls au raisin vert, unique solution.
Aussi Stanislaw croît-il désormais que le corps doit se détendre, se délimiter : corps-support et non corps-miroir.

11 mai 2005

ANAXIMANDRAKE - L'ETERNITE

portrait.2

Quand l'ombre mença de la fatale loi
Tel vieux Rêve, désir et mal de mes vertèbres,
Affligé de périr sous les plafonds funèbres
Il a ployé son aile indubitable en moi.

Luxe, ô salle d'ébène où, pour séduire un roi
Se tordent dans leur mort des guirlandes célèbres,
Vous n'êtes qu'un orgueil menti par les ténèbres
Aux yeux du solitaire ébloui de sa foi.

Oui, je sais qu'au lointain de cette nuit, la Terre
Jette d'un grand éclat l'insolite mystère,
Sous les siècles hideux qui l'obscurcissent moins.

L'espace à soi pareil qu'il s'accroisse ou se nie
Roule dans cet ennui des feux vils pour témoins
Que s'est d'un astre en fête allumé le génie.

Stéphane Mallarmé.

UN TOUT PETIT PEU A LA WATTEAU IIII

LE BOUFFON ( il a l’air très grave ).

watteauarlequin

Sentimental, on te saisit parfaitement. L’indifférent est plus grand, plus significatif que toi. Le sentimental prête à rire. Face à l’indifférence on se raidit, et le regard se perd dans une éternité, ce qui est assez désagréable. Le simulateur exaspère, non sans recueillir une part d’admiration. Je suis quant à moi la décence même, je pourvois à l’équilibre des humeurs, donc à l’égalité en droits de tous les genres de caractère. Le don que j’ai d’être ridicule est une vertu de taille parce qu’elle prend sa source dans la conviction qu’on ne pourra jamais la reconnaître pour telle. On rit de moi principalement parce que j’apparais avec une mine sérieuse. On pense que je ne le fais pas exprès, alors qu’il s’agit d’un air que je me donne. Mais mon métier, ma mission consistent surtout à m’efforcer de faire croire à mes auditeurs que je suis en vérité candide. Je leur donne l’illusion que la spontanéité, la naïveté existent encore. On a tout lieu de se réjouir chaque fois que je me montre avec toute ma personne, soigneusement négligée de la tête aux pieds et dont le débraillé est une réussite de l’art. mon apparence les fait songer à l’état de nature, par exemple à un enfant orphelin. Je suis pour eux merveilleux, mais pour moi pas du tout et néanmoins je dois, pour la forme, prendre plaisit à provoquer un amusement qui me permet de gagner mon pain quotidien.

Robert Walzer. Sur quelques-uns et sur lui-même.

10 mai 2005

UN TOUT PETIT PEU A LA WATTEAU III

LE SENTIMENTAL

watteausentimental

Tandis que l’indifférent paraît sourire de moi, c’est lui qu’il plaint, et le faisant, il a mis en œuvre, au sujet de sa personne, un sourire vaste comme un paysage de steppe dont la matière serait exclusivement de préciosité blafarde. J’ai porté de fleurs dans ma maison et je les ai arrangées en un bouquet lâche qui, à la fois, avance à grands pas comme un voyageur courageux et se tient immobile comme un être charmé, fasciné par la vue de sa bien-aimée. Les fleurs dans leur vase sont heureuses d’avoir été cueillies au nom de celle qui a refusé mes protestations d’amour parce que ce sont les serments, les effusions et les échauffements d’un sentimental. Mais comme je baigne de contentement ! Dans mon désir pour celle qui ne me trouve pas à son goût, il y a une mer d’entente et d’harmonie avec moi-même, et cela elle l’ignore, et je l’en aime d’autant plus pour cette ignorance, puis de nouveau ces fleurs ! Si quelqu’un me voyait leur parler ainsi, il me tiendrait pour fou. Tour à tour je me penche sur elles ; ou je fais un bond de côté comme si elles m’inspiraient, ces chères, ces innocentes, de la frayeur. Sentimentalité, comme tu te comportes de manière comique ! Elle fait de moi un cerceau qui court, une balle qui resplendit dans son vol. Je suis une boule qui ne connaît aucune contrariété, aucun doute ; je frémis, j’étincelle à des fantaisies qui tout à coup sont là, dont je n’ai pas besoin de me soucier, qui provoquent avec et moi et en moi des désordres, comme font les enfants à qui la rue, la maison, l’escalier, le monde entier appartiennent quand ils jouent. Mes sentiments jouent-ils avec moi ? Tantôt me rejouissent, tantôt me vexent, m’offensent, me tuent, me brisent les teintes des fleurs ; tantôt elles me donnent raison, tantôt elles me déconcertent. Mais qu’importe ? Que fait-elle en ce moment, celle sans qui, c’est évident, un sentimental ne peut vivre, ne peut survivre, car sans une créature comme celle qu’elle est la seule à incarner, il ne saurait être sentimental, et ne pas l’être, ce serait la chose la plus impossible qu’on puisse imaginer. Aussi suis-je quelqu’un qui se convient à lui-même, se convient à un degré qui touche à la perfection, chose qu’il faut avoir si on a le souci, fût-il infinitésimal, de me comprendre quelque peu.

Robert Walzer. Sur quelques-uns et sur lui-même.

05 mai 2005

UN TOUT PETIT PEU A LA WATTEAU II

LE SIMULATEUR

simulateur

Je suis tellement épris de mon air franc que chaque dame me croit sur-le-champ et que je me laisse prendre moi-même à mon art de simulateur. Mes tromperies font mon bonheur. Aucune personne sincère ne saurait être aussi galante qu’un menteur. Mes capacités dans le domaine du mensonge – telle est du moins ma pensée, laquelle semble déborder d’intelligence – rendent plus heureux des gens qui le seraient moins si j’étais honnête envers eux. Pour cette raison, je me compte au nombre des êtres utiles.

Robert Walzer. Sur quelques-uns et sur lui-même.

02 mai 2005

UN TOUT PETIT PEU A LA WATTEAU I

L’INDIFFERENT

l'indifferent

Des centaines de personnes s’étonnent de mon total manque de penchant. Toute l’irritation que j’inspire n’a, à mes yeux, rien de méchant. Du fait de son extrême sécheresse, mon âme ne se connaît pas d’amis, pas d’ennemis. Je ne suis ni un philanthrope ni un misanthrope. Je suis avant tout vêtu d'un velours froid, précieux, et si je me fais l’effet d’un gros chat beau et distingué qui ne vit que pour lui-même, il est possible que soient justifiées les suppositions qui veulent me faire croire que cette comparaison est exacte. La vie est pour moi une salle à manger où je suis seul à table, où je me régale. Une de mes caractéristiques remarquables, c’est que je ne me suis encore jamais ennuyé. Mes membres, très probablement, sont d’une matière proche de l’albâtre, un albâtre qui posséderait un degré suffisant de souplesse. Si mon comportement a été partout ressenti comme celui d’un être éminemment placide, glacial, c’est là une conséquence de ma nature. Je ressemble a une bougie dont la flamme se moquerait d’elle-même et qui serait toujours à la même hauteur. Qu’on ne me tienne pas d’aventure pour insensible ! Ceux qui le feraient seraient dans une erreur flagrante. Mais ce qui est étrange chez moi, ce qui est unique, c’est que ma sensibilité est froide et ma froideur sensible, chose que je suis peut-être le seul à pouvoir comprendre. Je peux écarter le bras, et le voilà qui se met à vivre comme un être muet, masqué dans l’immobilité de sa flexion, tandis que mon visage de clair de lune est rongé d’un chagrin insolent, d’un découragement qui semble avoir percé à jour la moquerie dont il est l’objet. Mon cœur n’est-il pas comme un soleil de glace, et mes nerfs, des fils d’acier brûlant qui ne savent cependant être que des objets fabriqués, et, où que je me tienne, n’est-ce pas toujours l’isolement qui prédomine ? Que je n’aie jamais commis de bonne ou de mauvaise action, cela m’apparaît presque à moi-même, de temps à autre, comme le propre d’une marionnette, mais le fait de n’avoir jamais vécu émerge comme un arbre gigantesque, magnifique, d’un vert éclatant, dans le ciel bleu-noir que déploie en moi le pressentiment que j’incarne l’absence d’âme la plus inspirée qui fût jamais, le mot ensorceleur jamais prononcé, le baiser, doux comme la mort, jamais donné, jamais reçu, l’effort infini le plus amenuisé, la larme pétrifiée jamais versée qui, pareille à une perle, coule le long de mes joues, lesquelles donnent à la fois une impression de mélancolie et d’astuce, la colombe touchée d’une flèche, sanglante et dolente, tombée à travers des airs d’une pureté d’or, la piété sacrilège, la figure de la satiété qu’on pourrait qualifier de magasin où sont amassés, empilés pêle-mêle, les joies et débordements d’une existence mouvementée, et jamais encore je n’ai été assez audacieux, assez téméraire pour éprouver du remords à cause des nombreux meurtres qu’il m’a plu de consommer sur ma personne, ce qui apparaîtra peut-être comme une contradiction, car comment un indifférent tel que moi pourrait en venir, même de loin, à repérer une fête aussi claire, aussi grandiose, à observer un cortège triomphal, comme peuvent l’être, après un long sommeil, l’envie brusque de regarder quelque chose, ou encore le désir, après une période prolixe de stérilité, de faire naître ce qu’on appelle l’amour. La manière dont j’entrouvre et referme les yeux rappelle le lever et le baisser de rideau lors d’une tragédie élégante et raffinée. Oh, si seulement au moins je pouvais être, une fois au moins dans ma vie, grossier, afin que je puisse faire preuve de mœurs bourgeoises. Le simulateur a maintenant l’air de penser que c’est à son tour de parler. Comme il m’est indifférent d’être remarqué ou non, d’avoir l’occasion ou non de me faire valoir, il est parfaitement naturel que je me perde, je veux dire par là que je me retire. Si je ressemble à une tulipe, à une rose, à un œillet ou à un laurier, mon odeur rappelle un rêve ou la vanité de me faire croire que mon calme a le moindre sens et est autre chose qu’une habitude exercée depuis mon jeune âge.

Robert Walzer. Sur quelques-uns et sur lui-même.

09 avril 2005

LA CHANSON D'AMOUR ET DE MORT DU CORNETTE CHRISTOPH RILKE

" ... Feu de bivouac. On est assis là et l'on attend. On attend que quelqu'un chante. Mais on est si las. La lumière rouge est pesante. Elle gît sur les souliers poussiéreux. Elle rampe jusqu'aux genoux, elle regarde au-dedans des mains jointes. Elle n'a pas d'ailes. Les figures sont obscures... "

" ... Une journées parmi les équipages. Jurons, couleurs, rires... : la campagne en est éclatante. Arrivent en courant des garçons bariolés. Querelles et clameurs. Arrivent des catins, des coiffes pourpres sur leurs cheveux en cascade. Signes. Arrivent des écuyers, noirs de fer comme nuit vagabonde. Empoignent les catins si chaudement que leurs robes se déchirent. Les pressent au bord des tambours. Et la riposte la plus farouche des mains impatientes réveille les tambours, comme en rêve, ils grondent, grondent...
Et le soir, ils lui tendent des lanternes bien étranges: du vin? Ou du sang?
Qui peut faire la différence? " ...

20 janvier 2005

TOUTE LA GAIETÉ MES AMIS

EPIN
"Et n'est-ce pas à cela que nous revenons, nous, les casse-cou de l'esprit, qui avons escaladé la cime la plus haute et la plus périlleuse de la pensée contemporaine, et qui, de là, avons jeté un regard circulaire, un regard condescendant à nos pieds? Ne sommes-nous pas, en cela, - des Grecs? Adorateurs des formes, des sons, des mots? Et, par là-même... des artistes?"
Nietzsche. Epilogue à Nietzsche contre Wagner.

PLAIES DANS LES PLANS D'AVENIR

Je ne dois pas avoir peur. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. j'affronterai ma peur, je la laisserai me traverser, je la laisserai glisser sur moi.
stalker 2.

19 janvier 2005

LA VIE, NE T'Y TROMPE PAS, TE TRAITERA MÉCHAMMENT. SI DONC TU VEUX TA VIE, VA, ET PRENDS-LÀ

Lou-Andréas Salomé.

aguiblog

IGITUR

"Quand les souffles de ses ancêtres veulent souffler la bougie, ( grâce à laquelle peut-être subsistent les caractères du grimoire ), - il dit " pas encore! "
Lui-même à la fin, quand les bruits auront disparu, tirera une preuve de quelque chose de grand ( pas d'astres? le hasard annulé? ) de ce simple fait qu'il peut causer l'ombre en soufflant sur la lumière -
Puis - comme il aura parlé selon l'absolu - qui nie l'immortalité, l'absolu existera en dehors - lune, au-dessus du temps: et il soulèvera les rideaux, en face."
S.M.
ïle

18 janvier 2005

"TOUS LES SPECTACLES DE LA NATURE SONT DES SPECTACLES EN ECHO, SANS QUOI LES IMAGES NE SERAIENT QUE DES AMUSETTES POUR FAIRE TOMBER LES SOTS" MICHAUX

Dadaisme, Picabia

"Je ne parle pas du chat, je ne parle pas des oreilles, je ne parle pas du maïs, je ne parle pas du mouton, je ne parle pas des femmes, je ne parle pas des hommes. Je ne suis pas peintre, je ne suis pas littérateur, je ne suis pas musicien, je ne suis pas professionnel, je ne suis pas amateur.
Or, dans ce monde laissé pour compte, il n'y a que des spécialistes. Les spécialistes séparent l'homme de tous les autres hommes.
Poëtes lyriques, poëtes dramatiques, vous adorez l'art pour échapper à la littérature, et vous n'êtes que littérateurs. Peintres traînards, les régions que vous explorez sont de vieilles anecdotes. Musiciens, vous êtes des ricochets sur l'eau.

Un homme de nos jours
Est une sorte de miroir."

Francis Picabia.

LA NUIE REMUE

Mais c'est un plaisir que de frapper une belette. Bien, ensuite il faut la clouer sur un piano. Il le faut absolument. Après, on s'en va. On peut aussi la clouer sur un vase. Mais c'est difficile, le vase n'y résiste pas. C'est difficile, c'est dommage.
Michaux.
MICHAUX BELETTE

15 janvier 2005

TITAN

LISTEN TO THE SOUND OF TITAN
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SOLARIS D'ANDREI TARKOVSKI
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TITAN

TRAITÉ DE L'AMENDEMENT DE L'INTELLECT

"Après que l'Expérience m'eut enseigné que tout ce qui se présente fréquemment dans la vie ordinaire est vain et futile, voyant que tout ce dont j'avais peur et tout ce qui me faisait avoir peur n'avait en soi rien de bon ni de mauvais, sinon en tant que l'âme en était mue, je résolus enfin de rechercher s'il y aurait quelque chose qui fût un bien vrai, et qui pût se partager, et qui, une fois rejeté tout le reste, affectât l'âme tout seul; bien plus, s'il y aurait quelque chose qui fût tel que, une fois cela découvert et acquis, je jouisse d'une joie continuelle et suprême pour l'éternité.
Je dis "je résolus enfin": car à première vue il semblait inconsidéré de vouloir laisser échapper une chose certaine pour une alors incertaine; je voyais bien sûr les avantages que procurent honneurs et richesses, et que j'étais forcé de m'abstenir de les rechercher si je voulais m'appliquer sérieusement à une autre chose nouvelle; et si d'aventure la suprême félicité résidait en eux, je percevais que je devrais en être privé; mais si elle ne résidait pas en eux, et si je m'appliquais seulement à eux, alors aussi je serais privé de la suprême félicité."
SPINOZA.

11 janvier 2005

NEWTON, CE HÉROS

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